Santé au Québec : l’incertitude plane sur des milliers de travailleurs étrangers

Meryem M.
6300 travailleurs étrangers de la santé

Le réseau de la santé québécois pourrait faire face à une nouvelle zone de turbulence à l’horizon 2026. Plus de 6300 travailleurs étrangers temporaires œuvrant dans les établissements de Santé Québec verront leur permis de travail expirer au cours de cette année charnière, selon des informations obtenues par Radio-Canada et confirmées par Santé Québec.

Ces travailleurs, majoritairement des préposés aux bénéficiaires, des infirmières et des professionnels des services sociaux, représentent environ 2 % des quelque 345 000 employés du réseau. Une proportion qui peut sembler modeste, mais dont l’impact pourrait être considérable dans un système déjà fragilisé par des pénuries chroniques de main-d’œuvre.

Santé Québec précise toutefois que ces échéances ne signifient pas automatiquement un départ. Certains travailleurs pourraient obtenir un renouvellement de permis ou accéder à la résidence permanente, notamment via le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ). Ce dernier, instauré en remplacement du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), fonctionne toutefois par invitation, ce qui alimente un climat d’incertitude.

Depuis la mise en place du PSTQ en juillet, 2908 invitations ont été émises. Or, près de 79 000 candidatures étaient en attente au 1er décembre 2025, tous secteurs confondus. Parmi elles, environ 14 800 répondraient aux critères de base, selon le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI).

Cette situation inquiète autant les travailleurs concernés que les acteurs politiques et syndicaux. La mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, et la Communauté métropolitaine de Montréal pressent le gouvernement d’introduire une clause de droits acquis pour les immigrants déjà établis, dont l’avenir s’est assombri depuis l’abolition du PEQ.

Une majorité de préposés et d’infirmières menacés

Les données de Santé Québec indiquent que 64 % des travailleurs dont le permis arrive à échéance en 2026 sont des préposés aux bénéficiaires ou des auxiliaires aux services de santé et sociaux. À cela s’ajoutent près de 1200 infirmières recrutées à l’international au fil des dernières années.

Ces recrutements ont souvent été menés à grande échelle, notamment en France et au Brésil. En 2022, le gouvernement québécois avait même lancé un programme de 65 millions de dollars pour attirer plus de 1000 infirmières issues de pays francophones.

Pour l’opposition libérale, le risque est clair. Le porte-parole en matière de santé, André Fortin, dénonce une incohérence majeure. Il s’interroge sur la logique de se passer de milliers de travailleurs essentiels tout en demandant à leurs collègues restants d’absorber la charge de travail supplémentaire.

Les syndicats partagent cette inquiétude. La présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), Julie Bouchard, juge profondément injuste l’insécurité vécue par les infirmières recrutées à l’étranger. Selon elle, ces professionnelles ont tout quitté pour répondre à l’appel du Québec et contribuer à un réseau en difficulté.

Même son de cloche du côté de la FSSS-CSN, qui réclame également une clause grand-père afin de protéger les travailleurs déjà intégrés. Son président, Réjean Leclerc, estime que l’abolition du PEQ met directement en péril la continuité des services de santé.

Face à la controverse, le ministre de l’Immigration, Jean-François Roberge, se veut rassurant. Il affirme que les travailleurs de la santé francophones et expérimentés verront leur permis renouvelé jusqu’à l’obtention de la résidence permanente. Il anticipe par ailleurs une vague massive de sélections via le PSTQ au cours des prochains mois, jusqu’à l’atteinte du seuil annuel de 29 000 résidents économiques.

Malgré ces assurances, le malaise persiste sur le terrain. Le PDG du CHU de Québec–Université Laval, Martin Beaumont, a récemment exprimé son sentiment de trahison envers les employés recrutés à l’étranger, reconnaissant l’impact humain et organisationnel des changements en immigration.

À l’approche de 2026, le Québec se retrouve donc à un carrefour stratégique, où les décisions en matière d’immigration pourraient peser lourdement sur l’avenir de son réseau de la santé.

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